Être pigiste – Avantages et inconvénients

Je suis pigiste. Je suis consultante et je travaille à contrats, dans le domaine de la technologie de l’information. C’est un domaine très large avec beaucoup de spécialités différentes et de possibilités d’emploi. Pas besoin d’être très technique même si bien sûr ça aide, il y en a pour tous les goûts.

Je me suis incorporée il y a de cela 16 ans maintenant et je ne regrette pas ma décision, mais être pigiste n’est certainement pas pour tout le monde. La plupart de mes collègues salariés envient mon indépendance et ma capacité de m’organiser sans « faire partie du clan », mais quand je leur dis que c’est une question de choix de vie et qu’ils pourraient eux aussi faire la même chose que moi la plupart recule à l’idée de se lancer.

Il faut avoir un esprit entrepreneur et libre, un côté aventureux, aimer communiquer, avoir un respect réel pour les échéanciers et surtout avoir à cœur le travail propre et bien fait.

Cet article concerne les travailleurs qui, comme moi, sont incorporés. Il y a en effet deux types de consultants et la nuance est importante:

  • Ceux qui travaillent pour ce qu’on appelle communément et assez péjorativement une « body-shop », une entreprise qui se spécialise dans la consultation. Ces entreprises embauchent des consultants à salaire et les forment la plupart du temps sur le tas, c’est-à-dire que ce sont les clients qui payent pour leur « formation » puisque ce sont les clients qui les engagent en fin de compte. Les consultants de cette catégorie sont moins bien payés mais ils bénéficient d’avantages qui sont réservés aux salariés comme les vacances payées, les assurances etc
  • Ceux qui travaillent à leur compte, et qui font la plupart du temps usage de chasseurs de tête pour se trouver des contrats. D’ailleurs certains chasseurs de tête sont aussi des employeurs de consultants salariés

Je fais partie de la deuxième catégorie. L’idée de retravailler à salaire comme quand j’ai commencé dans ma carrière me donne des boutons rien que de l’imaginer. Le but de cet article est de lister les avantages et les inconvénients d’être consultant pigiste à son compte dans le secteur de la technologie de l’information à Montréal.

Travailler comme pigiste en consultation dans le domaine des technologies de l'information
Travailler comme pigiste en consultation

Je suis retournée travailler à contrat dès que j’ai pu, c’est-à-dire dès que ma situation familiale s’est stabilisée assez pour me permettre de refaire le saut après mon divorce. Ça a été plus long que ce que j’avais pensé. Mon mariage a tellement fait mal à mes finances personnelles pendant si longtemps que je n’avais pas les reins assez solides pour partir à mon compte. J’ai donc dû faire preuve de patience, commencer par rebâtir une stabilité financière.

J’ai attendu le bon contrat, et surtout j’ai eu la chance superbe de connaître à l’époque un chasseur de têtes qui s’est en fait avéré être un Ami. Il m’a appris ce qu’un bon contrat est, comment négocier et sur quels critères, bref… Cette personne me manque vraiment maintenant qu’il a revendu à son partenaire sa part de l’entreprise qu’il avait fondée. Je suis depuis contrainte de trouver des contrats par moi-même.

Je peux vous dire que dans cette industrie l’appât du gain facile (sur le dos des consultants qui eux travaillent dur!) fait loi. La plupart des chasseurs sont de vrais requins. Pourtant je ne retournerai à salaire pour rien au monde. Voici ici la liste de raisons qui fait que j’adore ce que je fais

Les avantages d’être pigiste

Je suis libre! Indépendante et libre!

Oui, cela peut paraître étrange de dire ça, c’est vrai que j’ai besoin de travailler et par conséquent il est clair que je ne suis pas libre au sens large du terme. Pourtant quand je suis au travail j’estime que rien ni personne ne peut me forcer à faire quelque chose que je ne veux pas faire, comme travailler pendant les fins de semaine ou les vacances par exemple, sans être payée.

Si j’étais salariée je serais sans doute forcée de bien m’entendre avec la plupart des gens autour de moi, et bien sûr avec mes superviseurs immédiats. En tant que consultant cela me gène moins. Je sais que même si l’atmosphère n’est pas la meilleure je ne suis pas là pour rester.

La variété du travail

Les contrats, même s’ils sont bien sûr dans le même domaine d’expertise, sont variés et en général très intéressants. Les choses vont vite. On s’intègre vite, on devient vite une valeur ajoutée! Beaucoup plus rapidement que si je travaillais à salaire. Les contrats sont un excellent moyen d’étoffer son curriculum vitae, car l’expérience est souvent l’une des principales caractéristiques que les employeurs recherchent lorsqu’ils embauchent pour un projet spécifique.

La durée du travail

Les postes contractuels n’impliquent pas le même engagement qu’une opportunité à temps plein et sont souvent définis au niveau du projet ou sur une période spécifique, ce qui veut dire que la période du contrat est souvent courte. J’apprécie particulièrement les contrats d’une durée de 6 mois renouvelables. En ce moment je suis sur un contrat de 3 mois, aussi renouvelable. Il m’est aussi arrivé de prendre des contrats sur 12 mois mais je dois dire que je trouve le temps plutôt long. Quant à la période la plus courte qui m’est arrivé de faire sur un contrat, il ne s’agissait que de quelques semaines, 8 si je me rappelle bien.

En règle générale je ne reste jamais plus de 3 ans sur le même contrat, d’une part parce que j’ai fait le tour de ce que je voulais apprendre et faire pendant cette période, et d’autre part parce qu’un projet dans mon domaine est livré dans une période de 3 ans maximum ce qui fait qu’il ne reste plus de travail vraiment intéressant après cette période. On tombe alors sur la phase d’évolution ou de maintenance du projet, qui est généralement donné aux employés qui travaillent à temps plein.

L’attrait du travail

Les entreprises embauchent des pigistes en fonction de leurs besoins de capacité, comme par exemple pour combler un poste vacant ou encore lors de projets spéciaux. Cette dernière option est celle que je préfère parce que le travail est intéressant, bourré de défis et de nouvelles opportunités d’apprendre ou de se familiariser davantage avec de nouvelles technologies. Je sais que dans ces projets mon rendement a un impact immédiat au sein de l’organisation.

Le type d’entreprise

Il est rare que ce soit de petites entreprises qui embauchent des pigistes. Pendant les dix premières années je travaillais surtout pour des entreprises de télécommunications. J’avais donc un peu cette réputation ou expertise tatouée sur mon CV. Ça n’a pas été facile mais j’ai fini par réussir à percer dans un autre créneau, celui de la vente au détail et puis plus tard celui des finances. Ce sont surtout les grosses entreprises qui embauchent des pigistes, par conséquent de gros noms figurent sur mon CV. Cette façon de trouver de nouveaux contrats donne l’opportunité de travailler dans une grande variété d’industries et de trouver ses véritables forces et intérêts.

Le style de travail

Les employeurs qui embauchent des pigistes recherchent souvent des ressources autonomes qui sont prêts à se rendre utile en un temps record avec une formation ou une supervision minimale. C’est exactement moi! Je n’aime pas avoir à me rapporter sans arrêt à un superviseur, j’aime prendre des initiatives dans le cadre des responsabilités qui me sont données, je travaille à bâtir la confiance dès la première heure et cela m’a toujours bien servi.

Aucune obligation à long terme

L’employeur ne « clique » pas avec moi, ou je n’aime pas l’atmosphère ou le projet? Pas de problème, il suffit de donner un préavis de 2 semaines d’un bord ou de l’autre et le tour est joué, parfois même moins si l’on s’entend. Si le contrat ne fait plus votre affaire parce que votre superviseur a été remplacé, parce que les politiques ont changé ou parce que vous avez reçu une meilleure offre ailleurs, vous êtes libre de partir, dans le respect des circonstances évidemment

De plus, je n’ai pas à m’impliquer dans la politique de bureau, ce qui est un gros plus pour moi parce que de toute façon je déteste ça.

Je n’ai pas non plus à passer, comme mes collègues salariés, par les évaluations de fin d’année. C’était la folie cette semaine au bureau, pratiquement tout le monde était à faire son évaluation! D’un autre côté je vais fournir de bon cœur mon appréciation sur mes collègues, ce que j’ai fait pour 6 d’entre eux cette année. Je n’ai pas l’obligation de le faire mais je l’accepte parce que je les apprécie beaucoup et je veux les aider dans leur carrière. Pour ce qui est de moi, je n’ai pas à me justifier ni à vérifier si j’ai bien rencontré des attentes qui m’ont été données il y a 12 mois. D’un autre côté je le sais au fur et à mesure, mon contrat aurait été terminé bien avant!

La rémunération

Un pigiste gagne plus qu’un employé permanent, et surtout il travaille sur un taux horaire et toutes les heures travaillées sont chargées. Enfin, c’est la théorie. En pratique beaucoup de pigistes ne chargent pas toutes leurs heures. Ce n’est pas mon cas. Si je n’ai pas l’autorisation de faire des heures supplémentaires je ne travaille pas.

De plus je négocie mon taux horaire le plus régulièrement possible. Mes responsabilités changent, sont plus importantes et on veut me garder? Pas de problème, mon taux sera révisé à la hausse. Je ne laisse pas cette tâche dans les mains des chasseurs de tête, qui sinon en profitent pour se prendre un montant proportionnel à l’augmentation demandée. J’ai beaucoup plus de chances d’obtenir une vraie augmentation de salaire que si j’étais salariée. Si je ne l’obtiens pas c’est aussi ok, je ne renouvèle pas mon contrat. On ne peut pas se le cacher, une « augmentation de salaire » de nos jours ressemble plus à un ajustement sur le coût de la vie. Une augmentation de 2% environ, c’est-à-dire à peu près le taux de l’inflation, n’est pas une augmentation proprement dit.

La réputation voyage vite

Surtout dans un marché aussi petit que Montréal, la réputation se fait vite et vous pouvez alors trouver d’autres contrats grâce au simple bouche à oreille. Ainsi avec le temps, et si vous performez particulièrement bien, vous pourrez trouver d’autres contrats « directs » avec vos clients et ainsi éviter de passer par les chasseurs de tête

Voyager et travailler

Les pigistes dans mon domaine peuvent facilement travailler à l’extérieur de la province ou même du pays. Je ne le fais pas parce que mes enfants sont encore à la maison mais je connais beaucoup de gens qui le font. Bien sûr on gagne plus, mais on travaille aussi plus et il faut rajouter par-dessus le temps passé en déplacement, le décalage horaire dans certains cas, l’organisation supplémentaire que cela prend. Pourtant je le vois comme un avantage.

Les côtés moins intéressants d’être pigiste?

Hé oui, toute médaille à son revers et même si pour moi les aspects positifs pèsent beaucoup plus dans la balance que les négatifs il n’en reste pas moins qu’il y en a plusieurs.

La paperasse

Pour éviter d’avoir de mauvaises surprises au niveau des impôts mieux vaut avoir un comptable compétent et lui fournir tous les documents requis. Ainsi vos impôts seront faits dans les temps et de la façon la plus propre et précise possible. Vraiment c’est le côté que je déteste. Et en plus ça coûte quand même cher.

Mon comptable n’est certainement pas l’un des moins chers. Je connais certains pigistes qui font tout eux même. Ils économisent ainsi plusieurs milliers de dollars par année. Cependant, et je suis consciente que c’est paradoxal, je n’aime pas m’occuper de la comptabilité de mon entreprise.

Prévoir pour les périodes de disette

Le pigiste averti a toujours un bon montant en banque, en liquide. Juste au cas où le contrat sur lequel on est finisse abruptement et qu’on ait besoin de temps pour s’en trouver un autre. J’ai en liquide sur mon compte de compagnie environ un an de salaire, cela me permet de bien dormir la nuit.

C’est aussi pour cela que je n’ai pas pu me chercher un contrat rapidement après mon divorce. Il a fallu d’abord que je mette un petit coussin de côté qui était vraiment tout petit à l’époque. En général le pigiste est payé une fois par mois, à la fin du mois, mais toujours un mois en retard donc il faut être en mesure d’opérer sans revenus pendant un minimum de 2 mois avant de voir le fruit de ses efforts dans son compte en banque. Une fois le premier contrat passé c’est plus facile parce que le pigiste aura mis de l’argent de côté mais je me rappelle encore très bien cette longue période d’attente.

Les chasseurs de tête

Ces entreprises qui sont là pour présenter votre CV à leurs clients et qui du coup mettent leur logo sur votre CV, juste pour que vous ayez le « privilège » de passer par eux pour avoir le mandat. En contrepartie ils ramassent sur votre dos une moyenne entre 15% et, tenez vous bien, 40% de votre taux horaire! Et ceci à chaque heure travaillée! Tout cela parce qu’ils ont présenté votre CV à un client. Le reste du travail, c’est vous qui le faites, à chaque jour du dit contrat.

Je ne supporte pas ce système. Dans ma tête les chasseurs de tête sont comme des mécaniciens (pas ceux qui sont honnêtes, je parle des voleurs; et la deuxième catégorie est beaucoup plus commune que la première!), mais en pire. Ils travaillent sous couvert pour faire le plus d’argent possible sur votre dos tout en paraissant bien avec le client. Je m’en méfie comme de la peste, et c’est pour cela que j’essaye de les éviter le plus possible, ou de faire affaire avec ceux que je connais déjà et qui sont honnêtes.

Les journées non travaillées ne sont pas payées

Hé oui, le pigiste travaille à son compte même si le chasseur de tête est son intermédiaire. Par conséquent quand il est malade, ou part en vacances, ou en formation à ses frais, ou s’il est entre deux mandats, il n’est pas payé. Son chasseur dans ces cas là disparait dans la brume. Le pigiste est payé uniquement pour chaque heure travaillée, ou encore si l’employeur l’invite à une fête sur les heures de travail, comme un cadeau. En passant, j’évite d’accepter ce genre de cadeau parce que je suis au bureau pour travailler, au sens strict du terme.

C’est pour cela qu’il faut au minimum prendre une bonne assurance salaire, à ses frais bien entendu, et une autre assurance en cas de maladie grave. Le pigiste est son propre revenu principal. Si cette source de revenus se tarit ou n’est plus fonctionnelle il n’a pas d’autres moyens que d’avoir des assurances pour se protéger des aléas de la vie. Ça n’arrive pas qu’aux autres.

La pression

Personnellement je ne vois pas ceci comme un inconvénient mais il est vrai que ce n’est pas le cas pour tout le monde. On embauche un pigiste parce qu’on a un besoin immédiat à combler. Par conséquent il faut être opérationnel et efficace très vite, et apporter une valeur ajoutée. Sinon on peut être remercié rapidement. Je trouve ceci logique mais une personne à salaire, même si elle connait aussi un peu ce genre de situation, n’a pas à gérer le même stress.

Devoir se prouver à chaque nouveau mandat

À moins d’être déjà connu du client, travailler à contrat est un peu recommencer du début à chaque fois. Il faut prouver sa valeur, comme si on venait de commencer en bas de l’échelle. Il faut aussi créer son réseau, passer du temps avec ses clients, se faire connaitre et se faire apprécier. Ceci coûte généralement cher, surtout en début de mandat.

Se « sacrifier » pour les autres

Être pigiste, c’est faire le boulot le plus intéressant, celui qui est plein de défis, mais c’est aussi se proposer pour les travaux les moins plaisants ou encore travailler pendant que les autres se reposent. Je travaille par exemple pendant le temps des fêtes cette année, parce qu’il y a beaucoup à faire et que peu de permanents (aucun en fait) ne s’est proposé. Je ne me plains pas, je ferai plus d’argent et cela me rapproche davantage de mon objectif de retraite à 55 ans, mais encore une fois ce n’est pas tout le monde qui est capable de faire ça.

Conclusion

Cela fait donc le tour de mon expérience personnelle sur le sujet. Malgré les points négatifs, je ne retournerai sans doute jamais à salaire, à moins bien sûr d’une longue série de malchances qui fait que je serai incapable de me trouver un autre contrat. Après tout, rien n’empêche de retourner à salaire pendant une période quand les temps sont durs.

Si travailler à contrats vous intéresse, je vous recommande de consulter le site de l’aqiii, l’association québecoise des informaticiennes et informaticiens indépendents. Je ne suis pas sponsorisée pour écrire cet article mais c’est un excellent point de départ pour ceux et celles qui veulent se lancer sur cette voie.

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